mercredi 4 avril 2012

DANS LE SILLAGE DE POSÉIDON

Un appartement magnifique et lumineux surplombant le Guadalquivir. J’avais passé une soirée trop arrosée avec Monsieur G et Monsieur T dans un espèce de vieux local poussiéreux, alors je m’étais mis en quête d’un logement. Le couple de propriétaires d’un certain âge, aristocrates inactifs et insupportables, me faisait visiter. Moi, je n’avais d’yeux que pour la baie vitrée qui donnait sur le fleuve, et m’en approchai, émerveillé.
Sur le balcon, j’assistai à un des plus beaux spectacles de ma vie. C’était comme si toutes les eaux du monde se trouvaient devant moi, comme une immense étendue de liquide bleu conduisant vers l’infini. Le Soleil illuminait ce point de vue merveilleux, et je ne reconnaissais pas le Guadalquivir, d’ordinaire calme et légèrement verdâtre. Pourtant, on m’avait assuré que c’était lui. De là où j’étais, je ne pouvais distinguer la moindre forme de vie humaine ni la plus anecdotique végétation. Tout n’était qu’azur. Ou presque : un immense pont de couleur rose avait été érigé à cet endroit-là, depuis le balcon, et l’œuvre titanesque semblait relier l’appartement à un monde qui n’existait pas, ou au néant le plus total, comme si l’univers se fût achevé après cet horizon aquatique.


Sans que je sache pourquoi, agacé par les tergiversions des deux propriétaires, je sautai du haut de mon plongeoir de marbre. Ce fut une longue chute vers un fleuve devenu océan et un monde qui m’effrayait, celui de la profondeur. Après le choc de l’immersion, je fus soudain pris de panique, réalisant ce que je venais de faire et là où je me trouvais, seul au milieu d’un nulle part entre les vagues et l’abysse. À la surface, je crus apercevoir au loin le rivage, qui n’était qu’un léger coup de crayon à des kilomètres de là. Et alors, tourmenté par les remous violents qui me faisaient face, je tentai tant bien que mal de nager pour espérer regagner la terre, malgré le courant et les vents contraires. C’est à ce moment-là qu’à contresens, je vis des hommes traverser les rouleaux, comme par défi sportif, chacun avec un chronomètre à la main. Après qu’ils m’aient dépassé et laissé derrière eux, à l’agonie dans cet enfer magnifique, une vague m’emporta. Je ne me réveillais que bien plus tard.

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