mercredi 21 novembre 2012

QUEUE COMPTE DOUBLE

J’ignore toujours ce que je foutais dans cette piscine extérieure, insalubre. Sans eau, sans rien que des dalles de pierre blanches noircies par la saleté. Autour de moi, un vallon obscur, d’où semblait provenir un énorme scorpion dont je guettais les moindres mouvements avec crainte.


Dans la même atmosphère d’abandon, j’en profitai pour pénétrer dans le bâtiment grisâtre désolé dans lequel habitait Monsieur G. Cet après-midi-là, je le trouvais amoureux et triste. Replié dans une chambre verte extrêmement vieillotte, il racontait sur son lit sale que son père lui avait dit qu’il était une merde, après lui avoir interdit d’utiliser certaines techniques interdites au Scrabble. Un peu à la Jackie Chan, façon Combats de maître, pensai-je. Monsieur G acquiesça, avec son enthousiasme habituel. Avant de baisser les yeux de plus belle et de se mettre à déprimer. Sa bien-aimée venait de le rejoindre dans cette pièce poussiéreuse, et ainsi une partie de Scrabble s’annonça. Avant que je m’installe, Monsieur G me demanda de me mettre une grosse couche d’écran total sur le front : en effet, ce pauvre bougre souffrait d’une forme extrêmement rare de cancer de la peau contagieux. Seul moyen pour limiter les risques de contamination…

lundi 12 novembre 2012

ÇA VA DÉPOTER GRAVE

Quel bonheur que de gifler avec arrogance et mépris cette grosse merde hautaine qu’est Monsieur B.L, rencontré par hasard une nuit, au sortir d’un train urbain du Mexique, dont les rails surplombaient les lumières de la mégalopole en contrebas. Ah, Monsieur B.L… Il ne lui manque plus que la hache au milieu. Je l’avais repéré dans ce couloir de la gare entièrement rénovée, entourée de baies vitrées. Après l’avoir interpelé avec moquerie et lui avoir administré un bon gros pain plein d’amour, le pauvre avait l’air apeuré, ne sachant quoi faire. Son apparence de guévariste globe-trotteur avait évolué vers une habile nouveauté : une belle queue de cheval de baltringue… Le monde est décidément un village minuscule et sans fin. Surtout de nuit.

lundi 5 novembre 2012

ENTERREZ-MOI PARMI LES TARASQUES

« Maintenant je sais ce qu’a ressenti Cuauhtémoc », me dis-je en pensant à une célèbre chanson des Smiths. Inconsolable, après m’être rendu compte que ma bien-aimée m’avait trompé. Je ne la reconnaissais plus. Je constatai même que son visage était devenu celui de ma sœur. Incompréhensible. L’ordure, c’était le mec de Mademoiselle C, l’une de mes meilleures amies. Tout avait été prémédité. Calculé, organisé.
Sur un parking, à demi-éclairé ce soir-là, je décidai d’entrer dans la voiture du traître pour avoir la preuve de tout ce qui se tramait. À vrai dire, je ne savais même pas moi-même ce que je cherchais. Et c’est à peine infiltré dans le véhicule que Mademoiselle C et son fidèle compagnon me tombèrent dessus. Sa barbe hirsute et ses yeux enragés me préparèrent à un mauvais quart d’heure. Pourtant, il se contenta de me regarder avec cette étrange expression, alors que je descendais de sa bagnole, méfiant. Je n’en revenais pas qu’elle puisse être complice d’une telle saloperie. Elle semblait cautionner ; presque apprécier. Et Elle, qui ne l’était pas vraiment, se tenait à proximité. Ainsi je partis sans expliquer ni comprendre quoi que ce soit, sur cette chaussée trempée, au milieu d’un nulle part aux lumières perverses et clignotantes qui embrasaient de couleurs le toit de cet immeuble.


Au même moment, le monde connaissait une crise des doublages de films. De nombreux acteurs refusaient de remplir leur voxographie en donnant leur timbre à tout personnage ambigü du cinéma. Moi, dans un supermarché avec ma mère, je me rendis compte à quel point elle avait du mal à reconnaître les gens. Et une femme grotesque aux cheveux frisés, probablement une vieille connaissance à elle, s’approcha de notre caddie pour se remémorer le temps passé. Et perdu. Ma mère n’avait l’air que très peu enthousiasmée par la rencontre incongrue. En me voyant, la rombière s’exclama : « Qu’est-ce qu’il ressemble à son père ! ».
Rien de tel pour me mettre en rogne. Sauf que ce qu’elle avait pris pour moi, était en réalité une calavera à mon effigie, faite en terre et posée non loin…